La finance durable influence les choix d’investissement des Français

La finance durable désigne l’ensemble des pratiques d’investissement qui intègrent des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans les décisions de placement. Selon l’enquête OpinionWay réalisée pour l’AMF en mai 2025, 63 % des personnes interrogées considèrent les enjeux de développement durable comme un sujet de préoccupation dans leurs choix financiers, un chiffre en baisse de trois points par rapport à 2023.

Taxonomie verte européenne : ce que les épargnants français financent réellement

Les labels et les déclarations d’intention ne suffisent plus. Depuis l’entrée en vigueur progressive de la Taxonomie verte européenne, les fonds commercialisés en France doivent prouver l’alignement concret de leurs actifs sur des activités économiques jugées durables par le règlement européen.

En pratique, cette grille de lecture modifie la composition des portefeuilles proposés aux épargnants. Une analyse publiée par Le Nouvel Économiste en 2026, s’appuyant sur l’enquête 2025 de l’Association française de la gestion financière (AFG), recense 815 milliards d’euros investis dans des fonds labellisés responsables et 1 322 milliards d’encours dits « responsables » au total, dont 898 milliards selon la catégorisation de l’AMF.

Ces chiffres masquent un décalage. Une fois les critères de la Taxonomie appliqués, une fraction seulement de ces encours finance des activités réellement alignées sur les objectifs climatiques européens. Pour un épargnant, cela signifie que le label ISR ou la mention « article 8 » du règlement SFDR ne garantit pas automatiquement un impact environnemental mesurable.

Homme consultant une application de finance durable sur tablette dans un appartement parisien

Critères ESG et catégorisation SFDR : lire au-delà du label ISR

Le règlement européen SFDR classe les fonds en trois catégories. Les fonds dits « article 6 » n’ont aucune ambition durable affichée. Les fonds « article 8 » promeuvent des caractéristiques environnementales ou sociales. Les fonds « article 9 » poursuivent un objectif d’investissement durable explicite.

Cette hiérarchie structure désormais l’offre que les conseillers bancaires et les plateformes d’investissement présentent aux particuliers. Le problème, c’est que 72 % des Français interrogés par OpinionWay ne connaissent pas les différentes façons d’investir de manière durable, selon le sondage réalisé pour l’AMF en 2023.

Pour un épargnant qui souhaite orienter ses placements, trois repères méritent d’être vérifiés avant de souscrire :

  • La catégorie SFDR du fonds (article 6, 8 ou 9), qui indique le niveau d’engagement affiché par le gestionnaire envers les critères ESG
  • Le pourcentage d’alignement Taxonomie, c’est-à-dire la part des actifs réellement investis dans des activités reconnues comme durables par le cadre européen
  • La politique d’exclusion appliquée par le fonds (secteurs exclus comme les énergies fossiles, le tabac ou l’armement controversé), qui varie fortement d’un produit à l’autre

Un fonds classé article 8 peut exclure le charbon tout en détenant des positions dans le secteur gazier. Le label seul ne raconte pas toute l’histoire.

Épargne solidaire labellisée Finansol : une finance à impact mesurable

À côté de l’ISR grand public, une catégorie moins médiatisée gagne du terrain : l’épargne solidaire labellisée Finansol. Portée par l’association FAIR, qui publie chaque année un baromètre avec La Croix, cette forme de placement finance directement des projets à utilité sociale ou environnementale.

La différence avec un fonds ISR classique tient à la traçabilité de l’impact. Les souscripteurs savent combien de logements sociaux, de projets d’agriculture durable ou de structures d’insertion leur épargne a contribué à financer. L’épargnant accepte une performance financière potentiellement moindre en échange d’une utilité directement vérifiable.

Ce segment reste minoritaire dans le paysage de l’épargne française, mais sa croissance continue traduit une évolution des attentes. Pour une partie des investisseurs, la rentabilité n’est plus le seul critère de décision. La capacité à démontrer un résultat concret sur le terrain pèse dans le choix du produit.

Profil des épargnants concernés : âge et patrimoine comme variables clés

L’intérêt pour la finance durable n’est pas réparti uniformément. Les données de l’enquête OpinionWay 2025 pour l’AMF montrent que 70 % des moins de 35 ans se disent concernés par les enjeux de développement durable dans leurs placements, contre 59 % des 60 ans et plus.

Le niveau de patrimoine joue aussi. Un quart des répondants déclarent tenir compte des enjeux de développement durable « très souvent » dans leurs investissements. Cette proportion monte à 35 % chez les moins de 35 ans, et autant chez les personnes disposant d’un patrimoine financier supérieur à 150 000 euros.

Ce double facteur (âge et patrimoine) crée une dynamique particulière. Les jeunes épargnants arrivent sur les marchés avec des exigences ESG plus marquées, tandis que les patrimoines élevés disposent des moyens de diversifier vers des produits labellisés, souvent assortis de frais de gestion légèrement supérieurs.

Deux conseillers financiers discutant d'une stratégie d'investissement ESG dans une salle de réunion moderne

Rôle du conseiller financier dans l’orientation vers des placements durables

Depuis la mise à jour des obligations MiFID II, les conseillers financiers doivent interroger leurs clients sur leurs préférences en matière de durabilité. Cette obligation réglementaire a modifié le déroulement des entretiens de conseil en investissement.

Selon le sondage OpinionWay pour l’AMF, 64 % des Français interrogés trouvent qu’il est pertinent que leur conseiller leur propose des placements responsables ou durables. La demande existe, mais elle se heurte à un obstacle pratique : la complexité des produits et la multiplication des classifications rendent le choix difficile sans accompagnement.

  • Le conseiller doit expliquer la différence entre un fonds article 8 et un fonds article 9, ce qui suppose une formation spécifique aux réglementations SFDR et Taxonomie
  • La transparence sur les frais associés aux fonds durables (souvent quelques dixièmes de point supérieurs aux fonds classiques) conditionne la confiance de l’épargnant
  • L’accès à des rapports d’impact lisibles, produits par les gestionnaires d’actifs, permet au client de vérifier la cohérence entre le discours commercial et la réalité du portefeuille

La baisse de trois points constatée entre 2023 et 2025 dans l’intérêt global pour les placements durables suggère que le contexte économique anxiogène pèse sur les priorités. Le rendement à court terme reprend de l’importance quand l’incertitude financière augmente. Malgré ce recul, plus de la moitié des épargnants français continuent d’intégrer la dimension durable dans leurs arbitrages, ce qui ancre cette tendance bien au-delà d’un effet de mode.

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