L’assurance-vie a enregistré une collecte nette de 29,4 milliards d’euros sur l’année 2024, selon France Assureurs. Ce chiffre marque une accélération nette par rapport aux années précédentes. Les cotisations totales atteignent 173,3 milliards d’euros, en hausse de 14 % sur un an, portées à la fois par les supports en euros et par les unités de compte.
Cotisations en assurance-vie : anatomie d’une accélération
Pour comprendre pourquoi l’assurance-vie attire de nouveaux épargnants, il faut regarder la mécanique des flux. Les cotisations correspondent aux sommes versées par les épargnants sur leurs contrats. Les prestations désignent les sorties (rachats, décès, arrivées à terme). La différence entre les deux donne la collecte nette, indicateur central de la santé du marché.
En 2024, les cotisations sur les supports en euros progressent de 17 %, celles sur les unités de compte de 8 %. Les prestations reculent simultanément de 5 % en décembre par rapport au même mois de 2023. Ce double mouvement, hausse des entrées et baisse des sorties, explique l’ampleur de la collecte nette annuelle.
Le phénomène ne s’arrête pas là. Sur le premier semestre 2026, la collecte nette atteint 36,5 milliards d’euros selon France Assureurs, un niveau inédit depuis 2006. L’assurance-vie n’est plus seulement en reprise : elle retrouve des volumes historiques.

Fonds en euros et unités de compte : deux moteurs, deux logiques
L’assurance-vie repose sur deux grandes familles de supports. Les fonds en euros garantissent le capital investi. Les unités de compte (UC), investies en actions, obligations ou immobilier, offrent un potentiel de rendement supérieur, sans garantie sur le capital.
En 2024, la part des UC dans les cotisations s’établit à 38 % sur l’année, en légère baisse par rapport aux 40 % de 2023. Sur le mois de décembre, cette part remonte à 44 %. En 2025, les UC représentent 39 % des versements.
Pourquoi les fonds en euros attirent de nouveau
Après plusieurs années de rendements très bas, les fonds en euros bénéficient de la remontée des taux obligataires. Les assureurs peuvent investir les nouvelles cotisations sur des obligations mieux rémunérées, ce qui améliore progressivement le rendement servi aux épargnants.
La hausse de 17 % des cotisations sur les supports euros en 2024 traduit ce regain d’intérêt. Pour un épargnant qui privilégie la sécurité du capital, le fonds en euros redevient un placement lisible et compétitif face au Livret A.
Les unités de compte restent le levier de diversification
Les UC ne reculent pas pour autant. Leur progression de 8 % en 2024 montre que les épargnants combinent les deux approches. Un contrat d’assurance-vie multisupport permet d’arbitrer entre fonds en euros et UC selon l’horizon de placement et la tolérance au risque.
Encours et contrats : ce que révèlent les volumes
Au-delà des flux annuels, les encours totaux de l’assurance-vie, c’est-à-dire le stock d’épargne accumulé sur l’ensemble des contrats, continuent de croître. Cette progression reflète à la fois les versements nets positifs et la valorisation des actifs détenus.
Un indicateur souvent négligé mérite l’attention : le nombre de transformations de contrats dans le cadre de la loi PACTE. Au cours du quatrième trimestre 2024, 51 000 contrats ont été transformés selon France Assureurs. Cette procédure permet de transférer un ancien contrat vers un nouveau, chez le même assureur, pour accéder à des supports plus récents (eurocroissance, UC thématiques) tout en conservant l’antériorité fiscale.
Ce chiffre témoigne d’un mouvement de modernisation des contrats existants. Les épargnants ne se contentent pas d’ouvrir de nouveaux contrats : ils restructurent leur épargne en place.

Assurance-vie et PER : complémentarité ou concurrence entre les deux enveloppes
Le plan d’épargne retraite (PER) assurantiel, lancé par la loi PACTE, poursuit lui aussi sa croissance. Sa collecte nette progresse de 17 % en 2024, à 9,9 milliards d’euros. La question se pose alors : le PER capte-t-il une partie des flux qui iraient autrement vers l’assurance-vie ?
En pratique, les deux enveloppes répondent à des besoins différents :
- L’assurance-vie offre une disponibilité totale de l’épargne à tout moment, avec une fiscalité dégressive après huit ans de détention. Elle sert aussi d’outil de transmission grâce à ses abattements spécifiques.
- Le PER bloque l’épargne jusqu’à la retraite (sauf cas de déblocage anticipé comme l’achat de la résidence principale). En contrepartie, les versements sont déductibles du revenu imposable, ce qui génère un avantage fiscal immédiat pour les contribuables fortement imposés.
- Les deux produits partagent souvent les mêmes supports d’investissement (fonds en euros, UC) et sont proposés par les mêmes assureurs. Un épargnant peut détenir les deux simultanément.
La croissance parallèle des deux enveloppes suggère qu’elles se complètent plus qu’elles ne se concurrencent. L’assurance-vie reste le placement de gestion patrimoniale au quotidien, le PER celui de l’optimisation fiscale à long terme.
Rendements des contrats d’assurance-vie : ce qui change pour les épargnants en France
Le rendement moyen des fonds en euros remonte progressivement depuis 2023. Cette amélioration constitue le principal facteur d’attractivité pour les nouveaux épargnants qui avaient délaissé l’assurance-vie au profit du Livret A ou des comptes à terme.
Les fonds eurocroissance confirment par ailleurs leur dynamique. Ces supports hybrides, qui garantissent le capital à une échéance fixée (généralement huit ans), permettent aux assureurs d’investir une part plus importante en actifs dynamiques. Leur collecte progresse régulièrement, même si elle reste marginale par rapport aux fonds en euros classiques.
Pour les contrats en gestion pilotée, qui délèguent les arbitrages à un professionnel, la performance dépend directement de l’allocation entre UC et fonds en euros. Le choix du mode de gestion pèse autant que le choix du contrat lui-même.
L’assurance-vie en 2024 ne ressemble plus à celle de 2020. Les rendements des fonds en euros remontent, les UC se diversifient, les transferts PACTE modernisent les anciens contrats. Avec une collecte nette au premier semestre 2026 qui dépasse déjà celle de toute l’année 2024, la dynamique entamée il y a deux ans ne montre aucun signe de ralentissement.